Réflexions sur Victor Hugo, le bus et la marche pour le climat

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Les déplacements en bus sont propices à la méditation… Le bus est arrêté au feu rouge, au coin de la rue Victor Hugo.
La plaque sur le mur d’angle indique les dates de naissance et de mort du poète, dates qui sont pour moi autant de prétextes à la rêverie…

Victor Hugo est donc né en 1802, « quand ce siècle avait deux ans » écrit-il dans son célèbre poème.
La file de voitures qui suit le bus est impressionnante.
Les heures de pointe à Nantes s’apparentent à une réalité inéluctable et effrayante à laquelle les actifs n’opposent qu’une résignation fatiguée… Ce siècle avait deux ans !

A ce propos, le siècle prochain aura-t-il un jour deux ans ? Le prochain siècle, le XXIIème siècle…verra-t-il même le jour ? Le poète a toujours raison, et l’auteur des Feuilles d’Automne, sagace observateur de la nature, aurait déclaré il y a plus de cent ans : « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas !»

Ce qui s’est passé dans de nombreuses villes du monde vendredi 15 mars 2019 aurait donc peut-être contribué à faire naître chez Victor Hugo une lueur d’espoir…
Les manifestations de jeunes « Debout pour le climat » dans le monde entier vendredi 15 mars, avaient quelque chose de réconfortant ; elles ressemblaient à un rai de lumière qui venait percer la grisaille de nos villes enfumées et dissiper les brumes de nos cerveaux alourdis par trop d’informations, trop d’applications, trop de biens de consommation… Nous vivons à l’ère du « trop » !

Le biologiste Pierre Joliot-Curie a résumé la situation sans concession : « Une société qui survit en créant des besoins artificiels pour produire efficacement des biens de consommation inutiles ne paraît pas susceptible de répondre à long terme aux défis posés par la dégradation de notre environnement. »
On ne peut plus tourner en dérision les prévisions de désastres à grande échelle : le gaspillage et le non-respect de l’environnement ont atteint des niveaux inouïs.
La planète et ses habitants sont au bord du gouffre !

Les jeunes manifestants du 15 mars à Paris, Manille, Bangkok, Sydney, San Francisco ou Bruxelles l’ont parfaitement compris.
Ils sont révoltés par l’indifférence et parfois le cynisme des gouvernants qui promettent mais n’agissent pas, qui clament leur ferveur avant les élections puis passent vite « aux choses sérieuses », donc à autre chose une fois élus !

Les marcheurs du 15 mars s’indignent aussi contre la passivité et l’inconscience des « grands », responsables de tant événements destructeurs de la nature : marées noires, incendies criminels, déforestation, pollution des sols gorgés de pesticides, empoisonnement de l’air citadin qui génère allergies aiguës, problèmes respiratoires et cancers… Ils dénoncent aussi la négligence de tout un chacun au quotidien : éclairages qui restent allumés plusieurs heures dans des locaux déserts, emballages alimentaires abandonnés sur les plages et qui une fois happés par la mer étouffent les poissons! La liste est longue.
Tellement de petits gestes salutaires sont à notre portée pourtant et relèvent du bon sens le plus élémentaire.

L’explorateur et homme de science Théodore Monod l’avait martelé : « Le peu qu’on peut faire, le très peu qu’on peut faire, il faut le faire ! »
Ramasser le paquet de chips vide après un pique-nique en bord de mer, et le mettre dans une poubelle publique: est-ce insurmontable ? Penser à nos enfants qui hériteront de la terre telle que nous leur aurons laissée, est-ce surhumain?

Standing Bear, sage chef Sioux, disait que « le cœur de l’homme éloigné de la nature devient dur.
 L’oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l’homme. »
L’homme est réellement au cœur de tout cela.
Le genre humain qui détruit la nature s’autodétruit et empêche les plus faibles de survivre.
Comme l’explique le Pape François dans Laudato Si, son encyclique sur l’écologie publiée en juin 2015 : « Il s’agit de redéfinir le progrès. » François prône un retour à la simplicité et à « la sobriété qui vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. »

Le progrès n’est pas cette course effrénée aux innovations technologiques et à la richesse matérielle.
Le vrai progrès viendra de la capacité de chaque individu à se contenter du nécessaire pour mieux partager et économiser les ressources terrestres.
« Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun mais pas assez pour la cupidité de tous. » déclarait lucidement Gandhi.
Les jeunes semblent en être convaincus.
Pour une fois, suivons-les, laissons-nous enseigner par eux et combattons avec eux.

Enfin, mon bus arrive à destination : rue de la Paix !



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